Vous avez la nostalgie de votre ancien employeur ? Il y a de fortes chances qu’il vous accueille les bras ouverts si vous revenez frapper à sa porte. On appelle cela le recrutement Boomerang. Il semble qu’avec le temps, les entreprises y soient de plus en plus favorables.

Le professeur Ans De Vos est l’un des piliers du centre de compétences « Next Generation Work » de l’Antwerp Management School. Elle s’est notamment intéressée au sujet du « boomerang recruitment », c’est-à-dire le réengagement de collaborateurs qui étaient actifs depuis une période plus ou moins longue dans une autre entreprise. Elle prévoit un développement considérable de ce phénomène à l’avenir.

Rien que des avantages
D’après l’enquête professionnelle réalisée par AMS en collaboration avec SD Worx auprès de 789 organisations en Belgique, le phénomène n’est en tout cas plus un tabou. 45 pour cent des entreprises ont un avis positif sur le sujet. Explication d’Ans De Vos : « Il devient évident pour les entreprises que leurs collaborateurs sont maîtres de leur propre carrière et qu’ils la dirigent comme ils l’entendent. Le « recrutement Boomerang » s’inscrit parfaitement dans ce contexte. Auparavant, une carrière était beaucoup plus prévisible. Les gens restaient souvent à vie au même endroit, et la loyauté des collaborateurs allaient à leur organisation. Aujourd’hui, on observe bien plus de mobilité sur le marché du travail. En outre, les entreprises ne sont plus toujours en mesure de faire des promesses à long terme à leurs collaborateurs. Laisser partir des employés est donc devenu inévitable. Lorsqu’un collaborateur revient de lui-même après un certain temps, quel est le problème ? J’irais même plus loin : il me semble justement intéressant de réembaucher ce collaborateur et de capitaliser sur l’expérience qu’il aura acquise autre part. C’est particulièrement vrai pour les collaborateurs IT et autres profils spécialisés qui représenteront ainsi une valeur ajoutée pour l’entreprise. Autre avantage : un ancien employé connaît déjà les habitudes de l’entreprise et sera donc plus rapidement opérationnel. »

« Les anciens employés connaissent déjà les habitudes de l’entreprise et seront donc plus rapidement opérationnels. »

Le fournisseur de solutions ICT SAS Belgique n’a plus besoin d’être convaincu par le principe. Comme l’explique Els Brusselmans, responsable RH, « Nous favorisons les relations à long terme, tant avec nos clients qu’avec nos employés. Le marché sur lequel nous sommes actifs est de toute façon très petit. Tout le monde s’y croise sans arrêt. C’est pourquoi nous tentons de maintenir de bonnes relations avec les collaborateurs qui quittent l’entreprise. Ils restent toujours nos ambassadeurs.

Le recrutement Boomerang s’intègre bien dans cette philosophie. Els Brusselmans : « SAS Belgique emploie de nombreux jeunes, dont c’est souvent le premier emploi. Il est normal que tôt ou tard, ceux-ci veuillent explorer d’autres horizons. Notre organisation est orientée sur la vente. Nous nous rendons compte que pour les employés, cela limite les possibilités. Nous devons donc accepter le fait que les personnes ayant des ambitions professionnelles bien précises choisissent d’aller travailler ailleurs. Cela ne nous empêche pas de laisser la porte ouverte. Lorsqu’ils s’en vont, nous leur faisons savoir qu’ils seront toujours les bienvenus. Et s’ils reviennent, cela n’en sera que plus profitable pour nous. Ils auront appris d’autres façons de travailler ailleurs, acquis une expérience supplémentaire… Pourquoi dès lors ne pas les accueillir à bras ouverts ? Il va de soi qu’un collaborateur « de retour » aura de nouveau toutes les chances de s’épanouir et d’évoluer au sein de l’entreprise. »

Comme un matelas d’eau
Mieke De Ketelaere est l’une de ces employées « boomerang ». Entre 2007 et 2010, elle a travaillé en tant que business development manager pour SAS Belgique. Mais à quarante ans, elle a estimé que le moment était venu de chercher un nouveau défi. « Je voulais occuper un poste à responsabilités, plus stratégique. De plus, j’avais toujours travaillé dans de grandes structures stables, des environnements qui ne réagissent pas très rapidement aux changements. J’avais envie de faire l’expérience d’un autre type d’organisation. »

Cette opportunité s’est présentée chez Selligent où, en peu de temps, elle a pu se hisser au poste de directeur product marketing. « J’ai découvert assez rapidement que je n’étais pas faite pour cela. Je me sentais comme sur un matelas d’eau : je faisais un geste, et tout se mettait en mouvement. Cette grande structure bien ancrée que j’avais tant prise en grippe a commencé à me manquer dans mon nouvel emploi. Sur le plan du contenu non plus, je n’étais pas entièrement satisfaite. J’ai un esprit très analytique, et cette passion ne me servait à rien dans ma nouvelle fonction. Lorsqu’au bout de trois mois je suis allée déjeuner avec d’anciens collègues, cela a commencé à me travailler. Et au bout de six mois, je consultais régulièrement le site Internet de SAS pour voir s’il y avait quelque chose pour moi. »

« Mon numéro de téléphone et mon adresse E-mail n’avaient même pas encore été supprimés. »

Finalement, elle a contacté d’elle-même le Vice-Président de SAS South-West-Europe afin de lui demander s’il y avait une ouverture. « Il m’a reçue les bras ouverts. Et même les collègues étaient contents à l’idée de mon retour. ». Résultat : au bout de 11 mois, Mieke De Ketelaere est revenue chez son ancien employeur. Ravie de son nouveau poste de Regional Customer Intelligence Lead. « Ma fonction est plus internationale qu’avant, ce qui implique d’autres conditions contractuelles. Pour le reste rien n’a changé, même mon numéro de téléphone et mon adresse E-mail. Ceux-ci n’avaient pas encore été supprimés. De nombreux contacts étrangers ne s’étaient même pas rendu compte que j’étais partie quelque temps. »

« Est-ce que je conseillerais à d’autres de revenir chez leur ancien employeur ? Sans hésiter. Si vous sentez que c’est là que réside votre passion, posez simplement la question. Vous n’avez rien à perdre. Ce n’est qu’en ayant quitté la société que j’ai réalisé ce que j’aime vraiment faire et pourquoi SAS était un bon employeur pour moi. En fin de compte, j’étais partie pour les mauvaises raisons. Le recruteur ne doit pas non plus hésiter : une personne qui souhaite revenir a choisi votre entreprise très délibérément, ce qui est précieux. »

Mieke De Ketelaere : « Ce n’est qu’en ayant quitté la société que j’ai réalisé ce que j’aime vraiment faire et pourquoi SAS était un bon employeur pour moi. »

PAR Pascal Dewulf et Hermien Vanoost – PHOTO Luc Gordts