S’il est une reconversion professionnelle qui aura marqué 2014, c’est celle de Sophie Dutordoir. L’ancienne patronne d’Electrabel, habituée à fréquenter les ministres et autres présidents de partis, a ouvert à Overijse une épicerie fine baptisée Poppeia. 

La carrière de Sophie Dutordoir force le respect. Romaniste fraîchement diplômée, elle sut convaincre l’entourage de l’ex-Premier ministre Wilfried Martens de fonder le projet informatique Bistel. En 1990, elle entrait chez Electrabel en tant que responsable des Relations extérieures. En 2003, elle devenait administratrice déléguée d’Electrabel Customer Solutions (ECS), la filiale d’Electrabel spécialisée dans la fourniture de gaz et d’électricité, et deux ans plus tard elle occupait le poste de Directrice générale du marketing et des ventes de la totalité d’Electrabel. Parallèlement à cela, elle rejoignait le Comité de direction. Enfin, elle se retrouvait à la tête de l’entreprise.

« J’ai décidé d’arrêter. Non pas parce que je m’étais lassée d’Electrabel. Mais je rêvais de cette boutique depuis 30 ans déjà. »

« Personne ne me croit quand je dis que tout cela m’est un peu tombé dessus », confie-t-elle. « Mais comment cela arrive-t-il ? Vous faites votre travail avec beaucoup de passion et de dévouement et vous touchez un peu à tout. Lorsque j’ai terminé mes études, je n’avais aucun plan de carrière. Je n’aurais jamais pensé que je me retrouverais un jour à la tête de la plus grande compagnie d’énergie du pays. »

« Au début de cette année, j’ai décidé d’arrêter. Non pas parce que je m’étais lassée d’Electrabel : cette compagnie d’énergie, avec ses milliers de collaborateurs formidables, restera toujours pour moi la plus belle. Mais je caressais depuis trente ans déjà l’idée d’ouvrir un petit restaurant ou un commerce d’alimentation. Le moment était donc venu de me lancer. Le projet a donné le jour à la Poppeia, une boutique proposant chaque jour des produits de restauration frais. Un petit coin d’Italie à Overijse. »

Par ailleurs, il est possible que le récit de Sophie Dutordoir soit l’incarnation d’une tendance. On voyait bien sûr auparavant de nombreuses personnes abandonner une vie trépidante pour ouvrir un B&B en France, en Espagne ou en Italie. Mais il s’agit ici de quelque chose de différent. On assiste à un phénomène dit de ‘remotion’. Trop souvent encore, un emploi est associé au statut social d’un individu.

Pour Sophie Dutordoir, ce n’est là nullement un pas en arrière. En effet, pourquoi le fait de vendre des produits italiens et de servir des clients serait-il moins estimable qu’un emploi impliquant des négociations à haut niveau ? « Je mets autant de passion dans mon nouveau métier que dans mon ancien », affirme Sophie Dutordoir. Et lorsqu’on lui demande si elle envisagerait de lancer une chaîne d’épiceries fines, elle répond en souriant : « Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas mon intention  ».

(gd/foto lg)