Le secteur du travail intérimaire se porte bien. Il n’y avait encore jamais eu autant d’intérimaires qu’aujourd’hui. Les demandes quant à cette flexibilité sur le marché de l’emploi n’émanent pas uniquement des entreprises, mais également des collaborateurs qui cherchent de plus en plus à bénéficier d’un équilibre parfait entre leur vie privée et leur vie professionnelle.

Par: Pascal Dewulf

En 2015, 584.332 personnes travaillaient comme intérimaires. C’est ce qui ressort des chiffres de Federgon, la fédération du secteur du travail intérimaire. Ce nombre représente une croissance du secteur de 11,6 %. Par conséquent, il est clair que le travail intérimaire occupe une place de plus en plus importante sur le marché de l’emploi.
Chez Federgon, un livre vient même d’être écrit à ce propos: «Aan het werk: een job als springplank» (littéralement: Au travail : un emploi comme tremplin). Nous avons demandé à Herwig Muyldermans, directeur général chez Federgon, la fédération des intermédiaires privés du marché de l’emploi qui représente, entre autres, le secteur intérimaire, de nous donner des explications détaillées en ce qui concerne le livre.

Comment arrive-t-on à écrire un livre sur le secteur intérimaire?
Herwig Muyldermans : « Des emplois, des emplois et encore des emplois : plus que jamais, tout tourne aujourd’hui autour de cela. Ce qui est un peu moins connu, c’est que plus de 580.000 Belges atterrissent, chaque année, sur le marché de l’emploi par le biais du secteur intérimaire. De plus, les travailleurs intérimaires se retrouvent dans la quasi-totalité des secteurs et des phases d’une carrière. En effet, il peut s’agir d’un premier travail ou d’un salaire supplémentaire après une pension. Nous dressons, sur la base de témoignages étonnants et de petites astuces intéressantes, un portrait profond d’un secteur qui permet aux intéressés d’exercer un travail flexible et qui constitue souvent une porte vers le marché de l’emploi et donc, vers une fonction fixe. Les bonnes nouvelles ne sont générale ment pas communiquées et c’est pourquoi les informations négatives suscitent dès lors plus d’intérêt de la presse. Nous accordons de l’importance au fait de raconter les milliers d’histoires positives con cernant le travail intérimaire et souhaitons parallèlement valoriser les consultants du secteur intérimaire qui travaillent tous les jours d’arrache-pied en vue d’aider les milliers d’intérimaires à trouver un emploi. Nous sommes dès lors d’avis que ces histoires positives méritent d’être racontées. »

D’où le (sous-)titre «Au travail : un emploi comme tremplin» vous est-il venu?
«Aujourd’hui, un travail va de pair avec des perspectives, c’est-à-dire avec une place dans la société. Le secteur du travail intérimaire forme un maillon considérable entre, d’un côté, les entreprises qui cherchent à pourvoir leurs postes vacants et, d’un autre côté, les chercheurs d’emploi. Postuler par l’entremise d’une agence d’intérim revient souvent à postuler auprès de différentes sociétés à la fois. Pour certains, le travail intérimaire ouvre même des portes qui seraient restées fermées si ces personnes n’étaient pas passées par cette voie-là. Dans 45% des cas, les intérimaires sont engagés sous contrat fixe après cinq mois de travail. Par conséquent, le travail intérimaire est souvent synonyme de tremplin vers une carrière plus durable.»

La couverture arrière du livre indique qu’il développe tous les côtés relatifs au secteur du travail intérimaire. De quels côtés s’agit-il?
«Il existe bien évidemment plusieurs raisons qui poussent à opter pour un travail intérimaire. Nous avons précédemment mentionné que les intérimaires sont actifs dans la quasitotalité des secteurs et dans toutes les phases d’une carrière, du premier travail jusqu’au salaire supplémentaire après une pension. Le livre développe dès lors un aperçu des différentes facettes du travail intéri maire sur la base de quinze histoires. Chaque histoire est différente. En effet, chacune démontre que le travail intérimaire forme toujours une solu tion, que vous soyez à la recher che d’un job d’étudiant, que vous sou haitiez lancer votre carrière ou que vous ressentiez le besoin de donner un nouvel élan à votre vie professionnelle.»

Quel est le message principal que le livre souhaite transmettre?
«Le secteur intérimaire constitue un faible seuil vers le marché de l’emploi. En outre, il offre des possibilités et des perspectives pour des centaines de milliers de chercheurs d’emploi.»

Le livre contient une pléthore de témoignages. Pourquoi avoir choisi une telle approche?
«Nous trouvions important de permettre aux personnes de raconter eux-mêmes leur propre histoire. Afin de mener à bien la réalisation du livre, nous avons également travaillé avec une journaliste indépendante qui s’est chargée de recueillir les expériences de chacun. Pour nous, l’authenticité des histoires occupait une place prépondérante.»

Quel est le message principal que nous devons retenir de ces témoignages?
«Chaque histoire englobe son propre message et confirme à nouveau qu’il n’existe pas une raison unique de porter son choix sur le travail intérimaire ; il y en a tout un paquet. Chaque expérience racontée explique le rôle que le travail intérimaire a joué. Je pourrais par exemple vous citer le témoignage poignant de Nada qui est arrivée en Belgique dans les années nonante en tant que réfugiée de guerre. Ou encore celui de Bart qui, en raison de son autisme, ne parvenait pas à trouver sa place sur le marché de l’emploi, mais pour qui le travail intérimaire a été une solution. Sans oublier Brigitte, Raymond, Hassan, Marc, Audry et d’autres encore ayant emprunté une nouvelle voie par l’entremise du travail intérimaire et ça, c’est beau.»

La préface du livre avance le nombre de 570.000 travailleurs intérimaires. Aujourd’hui, nous en comptons 584.000. Le travail intérimaire deviendrait-il la norme?
«Soyons clairs : le contrat fixe est et reste la norme. Cependant, nous constatons que le travail intérimaire forme, pour beaucoup de travailleurs, le canal par excellence leur permettant de s’introduire sur le marché de l’emploi. Chaque année, nous enregistrons une croissance du nombre d’intérimaires et d’étudiants qui décrochent un emploi après être passés par la case “intérim”. Il convient à nouveau de rappeler qu’une pléthore de travailleurs voient le travail intérimaire comme un tremplin vers un emploi durable. Aujourd’hui, il est toujours question d’un système de travail intérimaire sur la base d’un contrat à durée indéterminée.»

Le travail intérimaire ne constituet-il pas un moyen permettant de résoudre le paradoxe entre le fait de travailler plus longtemps (disposition imposée par les autorités) et le fait de trouver plus difficilement un travail après 45 ans (la réalité) ou le chômage?
«Il est certain que le secteur intérimaire a un rôle pertinent à jouer dans cette histoire. En effet, le secteur affiche d’excellents résultats en ce qui concerne l’emploi des person nes appartenant à des catégories vulnérables. Ainsi, des chercheurs d’emploi issus de l’immigration trouvent beaucoup plus facilement leur voie vers le marché de l’emploi en passant par le travail intérimaire. Les chiffres que le secteur peut avancer sont sensiblement meilleurs que la moyenne belge du marché de l’emploi. En outre, le nombre de quin quagénaires qui décrochent un nouvel emploi par le biais du travail intérimaire connaît une hausse fulgurante.»

Comment qualifieriez-vous l’évolution du secteur intérimaire actuel par rapport à celui d’il y a environ vingt/trente ans?
«Le travail intérimaire évolue et s’adapte aux besoins du marché de l’emploi. Le Professeur Luc Sels de la KU Leuven l’a autrefois formulée de la sorte : “Le travail intérimaire est l’huile moteur du marché de l’emploi qui est utilisée là où ça grince.” »

Ne convient-il pas de changer quelque chose dans la tête des personnes (travailleurs) quant à l’éthos actuel du travail fixe? Nous ne pouvons quand même pas éviter que le travail intérimaire aille aujourd’hui encore de pair avec une réputation impitoyable?
«Les aspects positifs du travail intérimaire ne sont pas suffisamment mis en exergue. Le point de départ doit toujours résider dans le fait qu’il est préférable de travailler plutôt que de ne rien faire. Nous répétons que le travail intérimaire forme souvent un faible seuil vers le marché de l’emploi et vers un emploi durable.»

Les entreprises souffrent du même mal. Les postes issus du travail intérimaire se situent très souvent à un niveau opérationnel et très rarement à un niveau directionnel. En d’autres termes : d’importantes fonctions de cadre ne reviennent presque jamais à des travailleurs intérimaires. Un changement de mentalité est-il également nécessaire auprès des entreprises?
Il est vrai que les missions intéri maires se situent souvent à un niveau opérationnel et qu’il s’agit dès lors de contrats de plus courte durée. En ce qui concerne les fonctions au niveau de la direction, il existe d’autres solutions telles que l’Interim Management et le Projectsourcing. Cet aspect général n’enlève rien au fait que nous connaissons de belles histoires de personnes ayant commencé en tant qu’intérimaires pour ensuite bâtir une belle carrière. Raymond, un témoin cité dans le livre, a entamé sa carrière comme intérimaire et occupe aujourd’hui le poste de directeur général dans une société. Il ressort d’ailleurs d’une enquête que certaines entreprises savent apprécier l’expé rience d’inté rimaire à sa juste valeur. Par conséquent, les sociétés ne perçoivent certainement pas les missions intérimaires de manière négative.»

Plus d’information et de chiffres concernant le travail intérimaire : www.interimaire2016.be